Silliw VII: La Macaza (1986)
March 16th, 2010
L’éclairage est instable au Cock n’ bull mais Silliw n’en sait rien. Il parcourt les âmes devant une pinte de bière sans intérêt et tente une fois de plus de trouver un joyau insoupçonné. La région voit ses maux de têtes se répandre comme une nuée de grillons et Silliw reste là, immobile, les yeux fermés et la bouche dansant au rythme de la prospection. Son sourire noir, sans espoir, tient à distance ceux qui voudraient se délier la langue. Silliw n’a pas envie de discuter, il se cherche un nouveau jouet: un biographe. Au bar, Stacey observe Silliw et semble intriguée. Elle n’a pas peur mais se demande quand même qui est vraiment cet homme étrange qui ne boit jamais ce qu’il commande et dont l’apparence, qu’on le veuille ou non, inquiète. Au moment où elle s’approche de lui, elle ressent un picotement à la nuque et se dirige aussitôt vers la salle de bain. Silliw se lève et quitte froidement sa pinte et ses recherches, il a trouvé son biographe. Le grand vautour sort et traverse la rue pour se rendre dans une autre taverne. Il demande et paie sa pinte comme d’habitude, la donne au premier chanceux et s’assoit seul à la table la plus seule.
Pendant ce temps là, Gaston ne s’endort pas dans sa cellule de La Macaza. Les récents maux de têtes n’ont rien pour aider le sommeil et il n’a pas à se demander bien longtemps s’ils sont dus au sevrage quand une voix résonne dans sa tête.
-T’en as pour combien de temps petit prédateur?
Gaston se lève et se met de l’eau dans le visage.
-J’ai des questions simples pour toi et tu n’as pas à répondre à haute voix, tu te développerais une mauvaise réputation et dans ta position, ta réputation est ton seul ami.
Gaston allume la vieille lampe de chevet et ouvre un livre et commence à écrire nerveusement.
-Tu n’as toujours pas répondu à ma première question?
Gaston dépose son livre, vomit ses chops de porc et ses petites patates brunes puis retourne se rafraîchir le visage.
-La voix que tu entends ne vient pas de ton subconscient, Gaston. Cette voix c’est la mienne. Pour combien de temps es-tu pris dans ce trou?
Gaston se regarde dans le miroir et répond, plus pour lui-même que pour Silliw, avec le poids des mots qui le serrent.
-Quat…Quatre ans.
-Quatre ans? Je pourrais faire en sorte que ces quatre années servent à l’humanité.
Avant cette intrusion, les remords avaient presque poussés Gaston dans la folie mais maintenant que ça se concrétise, il ne croit toujours pas que cette voix vient de l’extérieur. Pour lui, il a simplement ce qu’il mérite. Seulement, Silliw persiste.
-J’ai un beau projet pour toi, qui n’est pas très occupé.
-Un projet?
-Tu commence à comprendre? Ce que je te propose est simple, tu mettras ma vie en mots.
-Je ne suis pas un biographe, je suis un professeur…de philosophie.
-De mon point de vue, t’es rien de plus qu’une grosse erreur qui devrait éviter d’en faire une autre.
-Est-ce que je pourrais savoir quel genre de vie on parle ici?
-On aura tout le temps d’en faire le tour mais pour te mettre dans l’ambiance, je pourrais te réciter l’impression que j’avais laissé sur une vieille connaissance.
Gaston laisse les larmes couler et comprend un peu mieux ce qui l’attend.
-Curiosities and the precise art of infinite mechanical madness or how Silliw find a way to build the only thing that kept him away from the god’s seat. A throne only occupied to this day by men’s invention and mythology. Silliw took this special throne in front of science, the human hearth and soul but above all, the entire universe in which he was born. He dit it only pursuing his quest of death, the only thing that really matter to him.
-Tu veux que j’écrive en anglais? Tu te trompe de plume.
-Celui qui avait prononcé ces paroles ne connaissait que l’anglais et est maintenant mort depuis plus de cent ans, deux raisons qui te rendent plus utile que tu sembles le penser.
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