Silliw IV: La persistance de Ry Gibson (1852)

  August 18th, 2009

silliwnet copyLa logique aurait voulu que le jeune Eli Mann reste chez lui mais l’idée de faire peur au vieux Gibson prenait tout son sens surtout après avoir trouvé le Colt de son père et l’eau de vie artisanal qui restait dans sa tasse de chevet. Il pourrait dire à son paternel que Gibson couche avec sa mère mais sa réaction serait trop dangereuse pour tout le monde. Eli aime sa mère mais comprend mal comment elle peut s’ouvrir les cuisses pour un noir. Son père serait furieux de voir ce qu’il a vu. Sur le chemin de Ry, Eli pouvait même s’assurer que son père était bel et bien chez Wilson. Il reconnait Blister, à l’entrée du bar, la nouvelle monture de papa Mann. Le petit poursuit son chemin et fait semblant de tirer des oiseaux quand une calèche s’approche à vive allure. Eli bifurque vers la forêt pour éviter de stimuler les soupçons parce qu’à cette heure-là tout le monde se retrouve chez Wilson. Après quelque minutes dans le bois, il aperçoit le nid de Ry Gibson.

Cette maison a une place particulière dans les souvenirs d’Eli du temps où elle était vacante. Ses grands frères avaient volés une vieille carabine et se défoulaient sur tout ce qu’ils trouvaient. Une fois Eli avait pu s’en servir quand Kurt, le plus vieux, voulait se faire pardonner de lui avoir tiré dans le pied. Quand Cormac, le père, tempestait le pistolet au poing, les jeunes se cachaient au repère jusqu’au jour où les Gibson arrivèrent. Pour Eli c’était la première fois qu’il voyait des gens de couleurs et contrairement à la tendance populaire, il trouvait amusant ce nouveau souffle même s’il venait de perdre son échappatoire.

Eli s’approche de la maison en prenant soin de ne pas faire de bruit puisqu’un calme inhabituel plane sur le domaine Gibson. Eli sort tout de suite le Colt même si il n’a pas visualisé ce qu’il allait en faire. Il voit que le devant est éclairé et décide donc de passer par la remise qui donne sur le derrière de la maison. La porte est sortie de ses gonds depuis toujours mais celle de la maison est verrouillée de l’intérieur. Eli y pose son oreille gauche pour se faire un portrait de ce qui se passe mais après quelques secondes toujours rien. Il tire trois coups de feu sur la serrure, quitte à effrayer Ry, et pousse sur celle-ci mais sans succès. Malgré le vacarme, toujours aucun signe de vie. Eli décide de faire le tour et se présente devant la porte entrouverte puis la pousse avec son pied pointant l’arme devant, toujours rien. Le petit comprend maintenant qu’il ne donnera de leçon à personne mais décide de fouiller quand même. Eli prend une gorgée de whisky qui trainait sur la table de cuisine et commence sa chasse au trésor. Le sous-sol attira immédiatement Eli qui y trouva entre autre du tabac qu’il enfouit aussitôt dans ses poches. Soudainement des pas se font entendre au dessus de sa tête et sans réfléchir il se dirige vers l’escalier qu’il grimpe rapidement. Des murmures étranges proviennent de la salle de bain et Eli se prépare à tout en s’approchant de la source. Avant d’y jeter un regard, il prend la peine de regarder autour de lui.

-Your job’s not done!!!!

Eli recule d’un pas.

-Come on Satan be a man!!

Il reconnu la voix de Gibson mais quelque chose n’allait pas, comme s’il était en train de se noyer. Eli se demande maintenant qui joue un tour à qui et se pointe la tête dans l’embrasure. Ce qu’il voit n’a rien d’une mauvaise blague; Ry est entre le siège de toilette et le bain et retient ses entrailles de son mieux pendant qu’à l’endroit ou était sa jambe gauche le sang se déverse rapidement, il devrait être mort.

-What th..where’s the fucker?

-What do you mean?

Le sang transforme sa voix et maintenant son visage dont les traits se pacifient à mesure que la douleur le quitte.

-Take your g…

Eli ne s’est même pas aperçu avoir échappé le Colt et en le récupérant, compris maintenant que les pas qu’il avait entendu n’étaient pas ceux de Ry. En tombant au sol, Eli pu mieux réaliser ce qui se trouvait devant lui; une énormité pachydermique tentaculaire sans cou, sans trait. Même s’il cache son visage, Eli peut sentir son magnétisme grandir et devenir un furetage de l’âme. La bête s’acquitte de sa tâche visiblement sans effort et en fait un spectacle plus macabre que grotesque. Eli est inhabité, peinturé dans le coin opposé à l’agonisant et tient le Colt de son père comme si c’était un chapelet au moment où la bête s’exprima.

-You know he begged you to kill him?

Eli entend les derniers sons macabres de Ry qui s’évanouissent et ne peut que l’envier d’être mort. La bête qu’il a devant lui dépasse la raison, même celle d’un enfant d’onze ans.

-Don’t worry Eli, I’m a friend of the family…just call me Silliw.

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