Jacobsoone I: Le retour de Nîmes (1771)

  July 16th, 2009

jessenet12 novembre: Le retour fut pénible. Je vais rester ici le temps qu’il faut, la ville de Québec est magnifique. J’ai besoin d’un bain chaud, ma peau empeste l’urine de rat. Je commence à être un peu flétri pour ce genre de voyage, je me sens comme le vieux continent. Comment trouves-tu ma nouvelle langue de travail, Zee? C’est peut-être la dernière que je t’apprendrai, je l’aime bien.

15 novembre: Jamais je n’aurais cru que mon français allait me donner accès aussi facilement à ce bas Canada. J’en comprends mieux la nomenclature maintenant et le mot “bas” n’a rien de géopolitique. Les derniers jours ont été torrides et le sexe ici n’a pas le même âge que dans le haut. Dans le même bateau que moi il y avait des centaines de gallons de rhum et pourtant les distilleries locales fonctionnent à fond de train. Si je veux poursuivre mes travaux je devrai aller vers l’ouest, le Canada inoffensif qui me connait bien.

16 novembre: La nation est jeune mais sa terre est ancienne et bavarde. Changement de plan, faut que je revienne sur mes pas, quelque chose d’énorme est sur le point de se produire. Je vais tenter de me trouver une escorte sans bavure, le temps est particulièrement mauvais.

19 novembre: Je suis dans une seigneurie appelé Murray-bay et je m’y suis rendu, encore une fois, à cause de la soif insatiable. La distillerie Mathilde a été la seule à bien vouloir accepter ma contribution. L’espace dans le convoi était rare mais me garder au chaud fut une tâche facile. Zee, rappelle-moi d’être prudent. Le fleuve d’ici est grandiose et ne se compare à rien de ce que j’ai vu. J’ai trouvé une taverne avec une chambre où je pourrais passer quelques nuits. Je sens que je suis très près.

20 novembre: Mon instinct commence à faiblir, Zee. Rien de grandiose ne se produira ici mais j’en profite quand même pour récolter quelques échantillons végétaux. Le portrait de la région est particulier car on y trouve en majorité des anglais et quelques compatriotes hollandais. Les gens ici sont soit nobles ou bandits.

22 novembre: Je suis tout jeune. Un furieux tremblement de terre a sévi cette nuit et selon Millard, le propriétaire, c’est de loin le plus violent de cette année qui en compte déjà quatre. Mon instinct est bien vivant, même si au fond de moi j’espérais un évènement plus inusité. Je vais rester encore un peu mais j’avoue, Zee, avoir repris goût à l’aventure.

23 novembre: Je ne tiens plus en place, je part pour Montréal.

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